Monday, April 30, 2018

The new F-word: Who wants to be a feminist?


               Il semble qu’il soit difficile de s’identifier en tant que femme féministe. De nombreuses études empiriques ont en effet mis en avant le déséquilibre entre femmes adhérant aux idées féministes et la criante minorité s’identifiant comme telle. Ainsi donc, il apparaît que les attitudes positives envers le discours féministe et le self-labelling sont des phénomènes distincts. Cela nous amène à passer en revue les éléments qui facilitent ou entravent cette auto-identification.



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               Répertorions d’abord les facteurs facilitateurs de l’identification féministe.
               En premier lieu, une forte identification au groupe Femmes comme groupe discriminé, une haute auto-estime basée sur l’appartenance au genre féminin ainsi que la croyance en un destin collectif augmentent les probabilités de soutenir le mouvement des femmes et de s’identifier comme féministe (Burn, Aboud & Moyles, 2000). La conscience groupale politique associée à cette identification alimente cette dernière autant qu’elle s’en nourrit.
               Un autre facteur facilitateur est l’interaction avec des personnes ou institutions féministes ainsi que l’exposition à un discours questionnant les normes traditionnelles de genre ou encourageant l’engagement militant comme cela peut être le cas sur les campus universitaires (Ramsey, Haines, Hurt, Nelson, Turner, Liss & Erchull, 2007). Dans le même ordre d’idées, avoir des attitudes et/ou des expériences non traditionnelles des rôles de genre favorise également le label féministe.
               Enfin, certains auteurs avancent le fait qu’avoir vécu des expériences négatives de discriminations ou violences sexistes peut également mener à l’auto-identification féministe mais il s’avère que ce n’est pas forcément le cas, notamment dans les situations où le sexisme hostile est la norme et les revendications féministes (ou sociales en général) représentent une prise de risque (Radke, Hornsey & Barlow, 2016).

               Les freins au self-labelling féministe sont plus nombreux.
               Le majeur obstacle à l’identité féministe est le stigmate social qui lui est attribué. Les stéréotypes concernant les féministes sont présents dans le langage commun et sont véhiculés par de nombreux médias. Ces représentations des femmes féministes sont d’avantage négatives (agressives, anti-hommes, moches, puritaines) que positives (intelligentes, ambitieuses, productives) mais pris ensemble, ces stéréotypes représentent un coût social : ostracisme, manque de considération ou encore refus du dialogue (Radke et al., 2016). S’identifier comme féministe signifie d’une certaine façon endosser ce stigmate, ce qui rend plus difficile le maintien d’un concept de soi positif (Breen & Karpinski, 2008). Car, malgré qu’une personne n’adhère pas à ces stéréotypes, elle en a connaissance et c’est cela même qui peut fragiliser son identité : l’auto- estime collective privée et publique ne s’accordent pas, c’est à dire que l’évaluation personnelle de l’appartenance féministe peut être positive alors que la perception de l’évaluation de ce groupe par les autres sera négative car empreintes des croyances négatives communément partagées (Ramsey et al., 2007 ; Roy, Weibust & Miller, 2007).
               Ensuite, et c’est une évidence, le féminisme ne correspond pas aux normes de genre :non seulement il remet en cause l’ordre social basé sur les asymétries genrées mais le fait même de revendiquer un changement social choque l’expectative sociale selon laquelle « Nice girls don’t get angry » (Radke et al., 2016, p 868). Si les féministes sont considérées négativement, c’est aussi parce qu’elles violent cette norme dictant aux femmes de préférer la forme polie mais moins efficace de lutter contre le sexisme en l’ignorant plutôt qu’en le confrontant activement.
               Troisièmement, les groupes discriminés sont généralement des groupes numériquement minoritaires, ce qui n’est pas le cas du groupe Femmes (Radke et al., 2016). Si l’on considère la théorie de la distinctivité optimale, cette circonstance rend difficile l’identification collective car le groupe Femmes ne répond pas au besoin de distinctivité et d’appartenance (Licata & Heine, 2012). Les petits groupes permettent cet équilibre car ils sont exclusifs, les grands ensembles provoquent souvent la désidentification car trop larges, trop inclusifs : leurs membres rejoignent alors leur besoin de différenciation via l’identification à des sous-groupes. Cette dynamique de ramification peut affaiblir la cohésion du mouvement féministe global dès lors que l’on attend qu’il ne parle que d’une seule voix (Radke et al., 2016). Au contraire, reconnaître l’intersectionnalité des identités et donc la légitimité des différentes luttes et stratégies au sein du mouvement féministe permet à un plus grand nombre de s’identifier à son message.
               Le quatrième obstacle à l’auto-identification féministe s’explique également par la théorie susmentionnée : l’identification à un groupe d’appartenance s’affaiblit quand la distinction entre endogroupe et exogroupe est peu claire ou concrète, ce qui est le cas des relations femmes-hommes (Radke et al., 2016). En effet, les catégories en asymétrie qui nous occupent sont intimes : les femmes sont en contact proche, fréquent et souvent positif avec les hommes. Cette proximité peut produire un effet sédatif : interagir avec des membres du groupe avantagé diminue les préjugés à propos de ses membres, réduit l’identification au groupe discriminé ainsi que les perceptions de discrimination (Binder et al., 2009). Cela ne favorise pas l’engagement dans l’action collective d’autant plus que l’effet du contact positif avec l’exogroupe s’accentue si celui-ci est de nature romantique. Il ne faut cependant pas prendre cet argument au pied de la lettre (il cristalliserait le stigmate de la féminazie) et des études récentes font la lumière sur les situations où le contact positif avec le groupe avantagé ne diminue pas l’action collective (Becker, Wright, Lubensky & Zhou, as cited in Radke et al., 2016). C’est le cas lorsque la relation intime comprend un membre du groupe avantagé qui reconnaît l’inégalité intergroupe comme illégitime et constitue ainsi un allié de l’engagement activiste.
               Un autre facteur à considérer est le fait que le sexisme n’est pas l’apanage des hommes : les femmes aussi sont héritières de la société patriarcale (Radke et al., 2016). Les femmes adhèrent principalement au sexisme bienveillant, attitude d’apparence positive envers les femmes prônant la complémentarité. Cette forme de discrimination est fallacieuse car elle revêt une apparence plaisante, galante, charmante, elle ne semble pas aller à l’encontre des intérêts des femmes. Elle participe pourtant bien à la subordination de la femme qu’elle présente comme plus fragile, moins compétente, moins agentique, récompensant les femmes correspondant à cette image, vilipendant les autres. Dans cette forme de sexisme, l’homme n’est pas dominateur mais protecteur, c’est la complémentarité entre sexes qui est prônée plutôt que la compétition (Glick et al ;2000, Glick & Fiske, 1996). Mais cette complémentarité des rôles de genre ne s’accompagne pas d’une complémentarité en termes de pouvoir et d’indépendance (Pratto & Walker, 2004), le sexisme hostile et bienveillant sont en somme les 2 faces d’une même pièce.
Notons que les femmes adhèrent d’autant plus au sexisme bienveillant ? dans les sociétés où le taux de sexisme hostile est élevé, où la menace d’agression masculine est omniprésente (Brandt, 2011). Le sexisme hostile va de pair avec les violences sexuelles faites aux femmes et adhérer au sexisme bienveillant dans ce cas est une stratégie d’auto-défense qui procure aux femmes protection, idéalisation et affection (Glick et al., 2000). Les hommes représentent à la fois la menace et la solution à la menace. L’adhésion au sexisme bienveillant est un faux allié car il justifie et renforce le pouvoir structurel de l’homme et diminue la capacité d’identifier et de confronter les discriminations sexistes étant donné qu’elles peuvent être à la fois subies et perpétrées. De même, adhérer au sexisme sous quelle forme que ce soit c’est aussi s’opposer aux mouvements luttant contre la domination masculine, dont le féminisme est le fer de lance (Brandt, 2011).
               Un 6ème obstacle au self-labelling féministe est la croyance très répandue selon laquelle nous vivons dans un monde où le sexisme n’existe plus et l’égalité des genres est acquise, un monde où le féminisme serait obsolète (Swirsky & Angelone, 2014). Cette croyance est d’avantage présente dans les pays occidentaux où l’action féministe a obtenu que la législation soit revue en faveur des femmes et où le sexisme hostile n’est plus acceptable socialement, les environnements où les discriminations sexistes, plus subtiles et ambigües, passent souvent inaperçues (Radke & al., 2016). Les violences sexistes sont une réalité mondiale mais dans les pays où les batailles juridiques essentielles ont été remportées, cette réalité est souvent niée, les politiques de genre reléguées à un second plan (Loke, Bachmann & Harp, 2017). Les changements revendiqués par les féministes dans les pays plus égalitaires sont pourtant bien concrets : lutter contre le sexisme, l’objectification de la femme, la violence conjugale, l’iniquité salariale, … Et l’un de leur défi majeur est d’encourager les femmes et les hommes à percevoir le sexisme, à leur procurer de l’information sur la prévalence et les conséquences négatives de celui-ci, sous ses différentes formes, ainsi que sur les différentes manières de le confronter (Radke et al., 2016).

               Un autre élément entravant l’identité féministe est la conséquence des stigmates qui l’entourent et qui font qu’il ne soit pas considéré comme pertinent dans certaines communautés culturelles ou sociales car il est perçu comme un produit de l’exogroupe blanc, riche et dominant. Dans ce cas, l’adhésion au féminisme peut être perçu comme une trahison au groupe culturel et engendrer le rejet dès lors qu’il est tenu comme obstacle à l’identité raciale et frein à la solidarité du groupe (Swirsky et al., 2014). Ce rejet sera exacerbé si l’action féministe est exclusivement dirigée aux questions sexistes et n’envisage pas les autres formes de discrimination (raciste, homophobique, sociale, …) : elle obligerait dans ce cas à choisir sa lutte et à délaisser le label féministe. Dans la même ligne d’idées, le féminisme est parfois perçu négativement car allant supposément à l’encontre de certaines valeurs et croyances de l’endogroupe, par exemple religieuses ou politiques (Swirsky et al., 2014 ; Whitley & Kite, 2013). Cette appréhension se nourrit de la vision du féminisme comme hostile à la religion, privilégiant l’individualisme au détriment de l’engagement communautaire et familial, éloignant les femmes des hommes (Gallagher, 2004).

               Le 8ème facteur amenuisant le self-labelling féministe est l’argument essentialiste selon lequel les différences entre femmes et hommes reposent sur leurs différences biologiques (Radke & al., 2016). Ce raisonnement justifie les inégalités sociales entre sexes et présente la situation comme naturelle donc impossible à changer : les hommes ont toujours été ceux qui travaillent, les femmes celles qui s’occupent des enfants. Beaucoup d’études sont menées dans ce sens et les résultats de ces dernières sont malheureusement très souvent exagérés, mal-interprétés et surmédiatisés. (Détrez, 2015).

               Enfin, une dernière conception dont souffre le féministe est sa présentation dichotomique : on l’est ou ne l’est pas et en être implique l’activité militante. Beaucoup de femmes ne s’identifient dès lors pas comme féministes, jugeant qu’elles ne sont pas assez actives pour la cause. Et l’on assiste dès lors au phénomène suivant : depuis les années 70, l’adhésion aux idées féministes d’égalité de genre est en hausse mais l’identification au féminisme reste stable et même faible (Swirsky et al., 2014). Notons à ce propos que l’identité féministe est un parcours intime, personnel et évolutif avant d’être une identité collective, qu’il s’agit d’une identité avant d’être un mouvement et qu’il s’adresse à toutes et tous ceux désirant questionner et changer les inégalités sociales.


Pour aller plus loin:


  • Binder, J., Zagefka, H., Brown, R., Funke, F., Kessler, T., Mummendey, A., Maquil, A., Demoulin, S., & Leyens J. P. (2009). Does Contact Reduce Prejudice or Does Prejudice Reduce Contact? A Longitudinal Test of the Contact Hypothesis Among Majority and Minority Groups in Three European Countries. Journal of Personality and Social Psychology, 96 (4), 843-856.
  • Brandt, M. J. (2011). Sexism and Gender Inequality Across 57 Societies. Psychological Science, 22 (11), 1413-1418.
  • Breen, B., & Karpinski, A. (2008). What’s in a Name? Two Approaches to Evaluating the Label Feminist. Sex Roles, 58, 299-310. doi : 10.1007/s11199-007-9317-y
  • Burn, S. M., Aboud, R., & Moyles, C. (2000). The Relationship Between Gender Social Identity and Support for Feminism. Sex Roles, 42, 1081-1089. doi : 10.1023/A:1007044802798
  • Détrez, C. (2015). Quel Genre? Paris, France: Editions Thierry Magnier, collection Essais.
  • Gallagher, S. K. (2004). Where are the Antifeminist Evangelicals? Evangelical Identity, Subcultural Location, and Attitudes toward Feminism. Gender and Society, 18 (4), 451-472. doi: 10.1177/0891243204266157
  • Feminism is not a dirty word [Image]. (2012). Retrieved from https://www.flickr.com/photos/cristi4nov4lli/7805908464/ 
  • Glick, P., & Fiske, S. (1996). The Ambivalent Sexism Inventory: Differentiating Hostile and Benevolent Sexism. Journal of Personality and Social Psychology, 70 (3), 491-512.
  • Glick, P., Fiske, S., Mladinic, A., Sais, J. L., Abrams, D., Masser, B., … Lopez Lopez, W. (2000). Beyond Prejudice as Simple Antipathy: Hostile and Benevolent Sexism Across Cultures. Journal of Personality and Social Psychology, 79 (5), 763-775. doi : 10.10J7/10022-JSI4.79.5.763
  • Licata, L., & Heine, A. (2012). Introduction à la psychologie interculturelle. Louvain-La-Neuve, Belgique: De Boeck Supérieur.
  • Loke, J., Bachmann, I., & Harp, D. (2017). Co-opting feminism: media discourses on political women and the definition of a (new) feminist identity. Media, Culture & Society, 39(1), 122-132. doi: 10.1177/01634437l5604890
  • Pratto, F., & Walker, A. (2004). The Bases of Gendered Power. In A. H. Eagly, A. E. Beall, & R. J. Sternberg (Eds). The Psychology of Gender (2d ed., pp. 242- 268) . New York, NY: The Guilford Press
  • Radke, H. R. M, Hornsey, M., & Barlow, F. K.( (2016). Barriers to Women Engaging in Collective Action to Overcome Sexism. American Psychologist, 71 (9), 863-874. doi : 10.1037/a0040345
  • Ramsey, L. R., Haines, M. E., Hurt, M. M., Nelson, J. A., Turner, D. L., Liss, M., & Erchull, M. J. (2007). Thinking of Others: Feminist Identification and the Perception of Other’s Beliefs. Sex Roles, 56, 611-616. doi: 10.1007/s11199-007-9205-5
  • Roy, R. E., Weibust, K. S., & Miller, C. T. (2007). Effects of Stereotypes about Feminists on Feminist Self-Identification. Psychology of Women Quaterly, 31, 146-156. doi : 10.1111/j.1471-6402.2007.00348.x
  • Swirsky, J. M., & Angelone, D. J. (2014). Femi-Nazis and Bra Burning Crazies: A Qualitative Evaluation of Contemporary Beliefs about Feminism. Current Psychology, 33, 229-245. doi: 10.1007/s12144-014-9208-7
  • Whitley, B., & Kite, M. (2013). Psychologie des préjugés et de la discrimination. Bruxelles, Belgique: De Boeck Supérieur.

Friday, April 13, 2018

Science, Open data, and your Privacy

If you are a regular reader of this blog, chances are you are either a fellow (social) psychologist or somebody with an above-average interest in social psychology. In both cases, you have likely heard of the “replication crisis” or, as I have recently heard it called on a podcast dedicated almost entirely to the topic, the “transparency revolution” (episode 57). The second is my favorite by far, for reasons that will be clear by the end of this post.

Data safe from hackers, but certainly not "open access": punch-card storage from the 1950












If you haven’t heard of it, this post will hopefully still make sense, but if you would like to read up on roughly what is going on, I recommend these two summaries of the situation. A very brief description of the situation (and all you need to know for understanding this post) is that we, as a scientific community, realized that the way we do science, i.e. how we hypothesize, set up experiments, test participants, analyze data and publish results, did not often lead to reliable, robust results (Open Science Collaboration, 2015, Klein et al., 2017). This is not very productive for both our scientific field nor those who pay for our research (most likely you, the taxpayer) in the long term. If by now you are worried about your favorite psychological effect, you can check whether it still holds up here.
As the problem cannot be tracked down to one single culprit, neither a specific person nor one single step of the scientific process, there are many different attempts to continually improve the way we conduct our work. Calls to address publication bias, improve theoretical reasoning (link to pdf), pre-registration to avoid digging for results and justifying them only after they were found (known as p-hacking and harking), more participants per experiment and more replications, better or entirely new statistical methods, using new tools designed for a transparent research process like the open science framework… the list goes on.
One of the puzzle pieces scientists interested in seeing better, more reliable research practices are championing is the practice of open access to anonymised experimental and survey data. This practice is called “open data”, and yes, you can get a badge for it: