Monday, June 3, 2019

Lutte-ératie !


La littératie c'est quoi exactement ? 



C'est un terme qui englobe beaucoup de choses et qui est souvent mal compris. La littératie est impliquée dans le domaine de la lecture et l'idée populaire laisse croire que c'est la capacité à lire et à écrire. 



Distinction entre littératie et alphabétisation


L'idée que la littératie correspond à la capacité à lire et à écrire n'est pas fausse mais c'est une définition très incomplète. La littératie comprend effectivement le décodage des mots, le décodage de la prononciation de ceux-ci jusqu'à atteindre le sens du mot. Mais ce n'est pas tout, elle concerne aussi le traitement de l'information lue, c'est-à-dire la capacité d'une personne à comprendre et à communiquer des informations par le langage pour participer activement à la vie en société. 
C'est pourquoi lorsqu'on parle d'une personne qui a acquis la capacité à lire et écrire les mots on la qualifie d' "alphabétisée". On dit d'une personne qu'elle est  "lettrée" quand elle a beaucoup de connaissances et une grande culture (on utilise d'ailleurs le terme "lettré" car ses connaissances et sa culture lui viennent de ses habitudes de lecture et d'écriture, sans cela elle n'aurait pas acquis ce savoir). 


 T'as débloqué le nouveau niveau de littératie ? 



Morais propose une classification des niveaux de littératie. Le niveau 1 correspond à la capacité à décoder des mots isolés ou des phrases et à en trouver le sens. Le second niveau correspond au traitement de l'information lue ou écrite, c'est-à-dire qu'on a dépassé le stade du décodage, la lecture et l'écriture se font de manière automatique et l'on acquière des connaissances en lisant comme on communique des informations à l'écrit. Le passage du niveau 1 de littératie vers le niveau supérieur est effectif lorsqu'un mot est considéré comme tel et non plus comme un groupe de lettres et qu'une phrase est considérée comme telle et non comme une liste de mots et que celui-ci prend immédiatement du sens lors de la lecture. 
Le troisième niveau de littératie est la capacité d'utilisation des données écrites ou lues à des fins critiques. C'est à ce stade là q'une conscience citoyenne et démocratique prend forme. La littératie est le pilier du changement socio-culturel et du progrès des sciences. Les niveaux quatre et cinq comptent les personnes les plus créatives qui utilisent des supports de données comme base pour mener des recherches et apporter de nouvelles idées ou inventions, notamment dans les recherches scientifiques et l'élaboration de nouvelles théories. 
La littératie est donc indispensable dans le développement de la pensée critique. 



La littératie, l'arme socio-économique absolue 


L'importance de la maîtrise de la littératie ne semble plus à prouver. C'est une compétence impliquée dans des domaines très différents et son acquisition est indispensable pour prendre part au débat public. La littératie permet une liberté de penser, une liberté de soutenir ou de s'opposer à des idées, des évènements politiques ou sociétaux, elle permet de s'instruire sur des domaines au choix pour étoffer ses idées. C'est un bagage absolument nécessaire pour l'insertion dans la vie socio-professionnelle. Le manque de maîtrise de la langue peut être un handicap dans cette insertion, la littératie est un atout considérable et un outil d'autonomie qui devrait être accessible à tous pour permettre à chacun de s'armer de connaissance pour mener sa lutte avec justice. 


Selin Uyumaz, étudiante en Master 1 de Neuropsychologie et Développement cognitif à l'Université Libre de Bruxelles. 
Stage de recherche au CeSCup, sous tutorat d’Olivier Klein et de Régine Kolinsky – 3 juin 2019. 










Bibliographie

Morais, J. (2017): Literacy and democracy, Language, Cognition and Neuroscience, DOI: 10.1080/23273798.2017.1305116

Morais, J. (InPress). The Methods Issue Revisited: Form a Developmental and a Socio-Cultural-Political Perspective.

Olson, D. R., & Astington, J. (1990). Talking about text: How Literacy Contributes to Thought. Journal of Pragmatics, 14, 705-721. 










Wednesday, May 22, 2019

Je sais que c’est faux, mais pourtant je l’oublie! Comment et pourquoi les fausses informations parviennent à nous atteindre ?


Les fausses informations se propagent plus rapidement sur les réseaux sociaux que les vraies informations. Elles sont lues et partagées par de nombreuses personnes. Sur Twitter, les fausses informations ont 70% de chances en  plus que les vraies informations d’être partagées (voir lien: ici). De ce fait, nous sommes constamment exposés à des informations qu’elles soient fausses ou vraies. Il est de notre ressort de distinguer les informations pertinentes de celles qui ne le sont pas. Mais comment nous y prendre ? Quels sont les mécanismes impliqués dans le traitement de l’information ? Mais aussi, comment et pourquoi nous laissons nous tromper par ces fausses informations?  

Réalisé par: Yasmine Salem - étudiante en  graphisme à l'ERG

Sunday, May 12, 2019

Intuition plutôt que Raison ?


Intuition plutôt que Raison ?

Intuitivement, que répondriez-vous ? Bien que nous ayons l’impression d’avoir le contrôle de nos pensées et de nos actions, celles-ci sont en grande partie dirigées par notre intuition. Elles ne sont donc pas totalement conscientes et délibérées. Quelles sont les implications ? Avons-nous raison ou tort dans notre manière de raisonner ? L’intuition prime-t-elle sur la raison ?



Friday, October 5, 2018

Defining and measuring resilience in psychology

 What do Nelson MandelaMalala YousafzaiFrida Kahlo and Paola Antonini have in common?

They are inspiring examples of resilience! In different cultural, social and political contexts, all four were confronted with significantly adverse situations and managed to emerge stronger than ever before.

Monday, April 30, 2018

The new F-word: Who wants to be a feminist?


               Il semble qu’il soit difficile de s’identifier en tant que femme féministe. De nombreuses études empiriques ont en effet mis en avant le déséquilibre entre femmes adhérant aux idées féministes et la criante minorité s’identifiant comme telle. Ainsi donc, il apparaît que les attitudes positives envers le discours féministe et le self-labelling sont des phénomènes distincts. Cela nous amène à passer en revue les éléments qui facilitent ou entravent cette auto-identification.



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Friday, April 13, 2018

Science, Open data, and your Privacy

If you are a regular reader of this blog, chances are you are either a fellow (social) psychologist or somebody with an above-average interest in social psychology. In both cases, you have likely heard of the “replication crisis” or, as I have recently heard it called on a podcast dedicated almost entirely to the topic, the “transparency revolution” (episode 57). The second is my favorite by far, for reasons that will be clear by the end of this post.

Data safe from hackers, but certainly not "open access": punch-card storage from the 1950












If you haven’t heard of it, this post will hopefully still make sense, but if you would like to read up on roughly what is going on, I recommend these two summaries of the situation. A very brief description of the situation (and all you need to know for understanding this post) is that we, as a scientific community, realized that the way we do science, i.e. how we hypothesize, set up experiments, test participants, analyze data and publish results, did not often lead to reliable, robust results (Open Science Collaboration, 2015, Klein et al., 2017). This is not very productive for both our scientific field nor those who pay for our research (most likely you, the taxpayer) in the long term. If by now you are worried about your favorite psychological effect, you can check whether it still holds up here.
As the problem cannot be tracked down to one single culprit, neither a specific person nor one single step of the scientific process, there are many different attempts to continually improve the way we conduct our work. Calls to address publication bias, improve theoretical reasoning (link to pdf), pre-registration to avoid digging for results and justifying them only after they were found (known as p-hacking and harking), more participants per experiment and more replications, better or entirely new statistical methods, using new tools designed for a transparent research process like the open science framework… the list goes on.
One of the puzzle pieces scientists interested in seeing better, more reliable research practices are championing is the practice of open access to anonymised experimental and survey data. This practice is called “open data”, and yes, you can get a badge for it: 

Tuesday, March 13, 2018

"Je t'aime car tu me ressembles" : Préférons-nous interagir avec les personnes qui nous ressemblent ?

Source : http://360possibles.bzh/atelier-marie-haude-meriguet-sinapis/

Préférons-nous interagir avec les personnes qui nous ressemblent?

Cette question est primordiale dans nos sociétés actuelles qui se diversifient de plus en plus culturellement. 
Dans le but de se protéger mentalement et émotionnellement, lorsque nous n’apprécions pas les membres d’un groupe, nous allons également les percevoir comme étant très différents de nous et inversement (Heider, 1958). 

De nombreux facteurs sont pris en compte dans l’étude des interactions entre groupes de cultures différents. Tout d’abord, un des antécédents à ces interactions est la perception de similarité : si la personne de culture différente est perçue comme étant similaire à soi, il sera plus facile d’avoir une interaction réussie avec elle.

Les différences que nous pouvons relever entre nous et un autre groupe ethnique sont englobées dans ce qu’on appelle la distance culturelle. La distance culturelle peut être définie comme étant le degré de similarité ou de différence perçu entre sa propre culture et une autre culture. Plus celle-ci est élevée, plus les différences perçues entre les membres de ces deux cultures seront élevées (Brewer & Campbell, 1976).

La mesure de la distance culturelle se fait sur six critères (Triandis, 1992) : la langue parlée, la religion, la conception du mariage (endogamie, monogamie, polygamie, polyandrie), la conception de la famille (nucléaire : parents et enfants ou élargie : plusieurs générations vivant ensemble), les valeurs culturelles et le niveau économique. 
Ces six critères sont utilisés lorsque l’individu juge de la proximité perçue entre sa culture et une autre.

Il est important de savoir que ce degré perçu est totalement subjectif et qu’une personne peut percevoir une autre culture comme étant très différente de la sienne alors qu’elles sont proches et inversement (Triandis, 1997; Triandis, 2001). Cette notion de subjectivité est importance car la distance culturelle perçue est un facteur influençant les interactions entre les groupes . Si je perçois un individu comme étant très différent de moi et que la distance culturelle entre nos deux cultures est très élevée cela va impacter négativement mon envie d’interagir avec la personne. 

Le jugement subjectif est notamment visible dans une étude faite en France, montrant que parfois même si deux cultures sont objectivement considérées comme très différentes, la distance culturelle perçue et les préjugés ne sont pas élevés (Mahfud et al., 2016). Par exemple, la distance culturelle perçue et les préjugés envers les Maghrébins sont élevés alors que pour les Asiatiques ils sont bas, cela pose donc la question de la visibilité et la perception négative des Maghrébins diffusées largement en Europe actuellement (Mahfud et al., 2016). 

En plus de la subjectivité des perceptions, ce qui intervient également dans les interactions entre les différents groupes : c’est le contexte. Chacun de nous fait parti de différents groupes tout au long de sa vie, certaines appartenances à des groupes ne changent pas (groupes de genre, groupes d’appartenance ethnique…) et d’autres changent avec le temps (groupes de statuts professionnelles, groupes d’âge…). En psychologie sociale, des chercheurs ont démontré que si on sépare des individus ne se connaissant pas en deux groupes différents sur des critères arbitraires. Cette situation complètement fictive va quand même créer une compétition et de la discrimination entre les deux groupes (Tajfel & Turner, 1979; 1986). Cela nous montre qu’en plus d’une subjectivité concernant la perception des autres groupes, le simple fait de se retrouver en contexte de séparation en groupe, provoque un besoin de trouver des différences. 

Les conséquences d’une perception élevée de la distance culturelle entre deux cultures sont nombreuses. Tout d’abord cela peut altérer l’adaptation au pays d’accueil (Babiker, Cox, & Miller, 1980), cela peut paraître comme n’étant pas grave mais des difficultés d’adaptations dues à une distance culturelle élevée peut aller jusqu’à causer une hausse du taux de suicides dans une nouvelle culture (Furnham & Bochner, 1986). De plus, on a tendance à ressentir plus de préjugés envers un groupe que l’on considère comme étant différent de nous, cela pouvant mener jusque vers de la discrimination (Heider, 1958; Badea, 2012; Mahfud et al., 2016). Pour finir, une des conséquences mises en avant avec le fait de percevoir une distance culturelle élevée entre deux groupes culturels va impacter négativement les interactions entres les membres de ces deux groupes (Goto & Chan, 2005). Cet impact est perçu comme néfaste car se sont les interactions intergroupes qui vont permettre une réduction des préjugés (Allport, 1954) et donc une possibilité de vivre-ensemble. 

Concernant l’aspect subjectif de la perception des différences, notamment la hausse des préjugés et de la discrimination envers les Arabes et Musulmans présents en Europe, ces mécanismes viennent de la peur due aux différentes attaques terroristes des dernières années (Abbas, 2007). Pour pouvoir pallier les impacts de cette distance culturelle et cette peur de l’inconnu dans une société diversifiée, une alternative pouvant être mise en place est la connaissance de l’autre culture. Si on regarde les travaux sur les préjugés et la discrimination, les facteurs favorisant ces mécanismes sont souvent les effets de l’ignorance. 

Une des façons de remédier à la perception des différences est donc la familiarisation avec la culture d’un autre individu (Stephan & Stephan, 1984). Cette connaissance et cette familiarisation pourront également mener à des contacts intergroupes réussis, c’est ce contact réussi entre deux membres de groupes culturels différents qui diminuera la discrimination et la peur ressentie envers autrui-inconnu (Allport, 1954). 

Références bibliographiques :

Abbas, T. (2007). Muslim Minorities in Britain: Integration, Multiculturalism and Radicalism in the Post-7/7 Period. Journal of Intercultural Studies, 28(3), 287-300. doi:10.1080/07256860701429717

Allport, G. W. (1954). The nature of prejudice. Reading, MA: Addison-Wesley.
Brewer, M. B., & Campbell, D. T. (1976). Ethnocentrism and intergroup attitudes. New York: Sage. 
Babiker, I. E., Cox, J. L., & Miller, P. M. (1980). The measurement of cultural distance and its relationship to medical consultations, symptomatology and examination performance of overseas students at Edinburgh University. Social Psychiatry, 15(3), 109-116. doi:10.1007/bf00578141

Badea, C. (2012). Modèles d'intégration, identification nationale et préjugés envers les immigrés en France. L'année psychologique, 112, 575-592. doi:10.4074/S0003503312004034

Brewer, M. B., & Campbell, D. T. (1976). Ethnocentrism and intergroup attitudes. New York: Sage.
Goto, S. G., & Chan, D. K. (2005). Becoming friends or remaining foes: An empirical test of a causal model of intergroup contact across two cultures. Internation Journal of Intercultural Relations, 29, 197-216. doi:10.1016/j.ijintrel.2005.05.003

Heider, F. (1958). The Psychology of interpersonal relations (pp. 322). Hillsdale, NJ: Lawrence Erlbaum Associates, Inc (Reprinted 1983).
Mahfud, Y., Badea, C., Guimond, S., Anier, N., & Ernst-Vintila, A. (2016). Distance culturelle, perception du multiculturalisme et préjugés envers les immigrés en France. L’Année psychologique, 116(02), 203-225. doi:10.4074/s000350331600035x
Tajfel, H. & Turner, J.C. (1979). An intégrative theory of intergroup conflict. In S. Worchel and W. Austin (Eds), The social psychology of intergroup relations (pp. 33-48). Pacific Grove, CA/Brooks/Cole. 

Tajfel, H. & Turner, J.C. (1986). The social identity theory of intergroup behavior. In S. Worchel and W. Austin (EDS), Psychology of intergroup relations (2nd ed., pp.7-24). Chicago: Nelson-Hall. 

Triandis, H. (2001). Cross-cultural Psychology. International Encyclopedia of the Social & Behavioral Sciences, 2994-2999. doi:10.1016/b0-08-043076-7/01665-x

Triandis, H. C. (1992). Cross-Cultural Research in Social Psychology. Social Judgment and Intergroup Relations, 229-243. doi:10.1007/978-1-4612-2860-8_11

Triandis, H. C. (1997). Where is Culture in the Acculturation Model? Applied Psychology, 46(1), 55-58. doi:10.1080/026999497378520


Etudiante en Master 1 de Psychologie Sociale Appliquée à l'Université Paris Nanterre (10), j'ai réalisé un stage dans le cadre de mon master au CREPSI et au GERME sous tutorat de Mr Olivier Klein et Mme Fariha Ali.