Monday, January 9, 2017

Au début des nouvelles, la fin du monde ?

Source : http://www.toonpool.com/cartoons/bad%20news_66741

                  Faites-vous partie des personnes consultant régulièrement les nouvelles sur internet, dans les journaux ou à la télévision ? Avez-vous déjà ressenti cette impression que la toute fin est proche, que l’apocalypse semble fulgurante ? Selon les médias, il existe davantage d’événements à connotation négative que positive. Par exemple, aujourd’hui, 20 décembre 2016, en consultant le site du journal de LaLibre, les premières nouvelles que j’ai pu lire étaient : « Attentat dans un marché de Noël à Berlin : le suspect serait un demandeur d'asile », « Le dernier message de Daech : "Attaquez-les dans leurs marchés" », « Le suspect schaerbeekois sous mandat d’arrêt : pas d'inculpation pour terrorisme à ce stade » … Ce genre de titres évoque un bon nombre d’émotions telles que la peur, l’inquiétude, la tristesse, la haine… émotions que l’on peut qualifier quant à elles de négatives. Les médias semblent jouer sans gêne sur le caractère émotionnel des annonces publiées. Très peu de place est dédiée à des nouvelles qu’on pourrait catégoriser de positives. La logique tend à nous faire dire que les personnes préfèrent recevoir de bonnes nouvelles plutôt que des mauvaises. Cependant, cette croyance ne demeure pas partagée par les médias qui préfèrent souvent nous informer sur les guerres, la famine, les maladies, les différentes crises, la criminalité, et bien d’autres !



Stone and Grusin (1984) ont analysé les nouvelles passant sur trois chaines américaines (ABC, CBS et NBC). Après les avoir scrutées, ils ont pu constater, entre autres, que 47% des nouvelles pouvaient être considérées comme négatives, que deux tiers du temps les nouvelles commençaient avec un sujet se référant à la violence, à des conflits ou à de la souffrance et plus précisément, que 64% des cinq premières nouvelles renvoyaient à de telles thématiques. Dans la même lignée, le chercheur Andrej Kovačič (2011) a observé que dans les médias slovènes, 47% des nouvelles portaient une valence négative, 37.6% étaient neutres et 15.2% étaient néanmoins positives. De ce fait, on peut être tenté d’affirmer qu’il y a très peu de place laissée aux dites bonnes nouvelles. Mon sentiment de fin absolue, d’apocalypse proche semble être appuyé par la recherche scientifique.


Des sentiments tels que la peur, la tristesse ou l’inquiétude m’accompagnent pendant ou après la lecture des actualités. C’est ce que montrent en effet Johnston et Davey (1997). Lors d’une étude expérimentale, ces derniers ont créé trois groupes qui avaient pour objectif de regarder des nouvelles associées soit à une valence négative, soit à une valence positive, ou bien à une valence qualifiée de neutre. Les résultats indiquent qu’être exposé à de mauvaises nouvelles provoquait une humeur anxieuse et triste, ainsi qu’une augmentation de la réponse émotionnelle à des problèmes personnels. Dans le même sens, un autre chercheur (Harrell, 2000) a trouvé que les participants exposés à de mauvaises nouvelles étaient plus anxieux, ressentaient plus d’affects négatifs et moins d’affects positifs. Des événements exceptionnellement négatifs tels que le 11 septembre peuvent même mener à des symptômes de dépression, de stress posttraumatique et des pensées morbides (Galea & al., 2002). La décision des médias de se concentrer sur des nouvelles à valence négative semble avoir des conséquences néfastes sur ceux qui y sont exposés. Ces recherches démontrent qu’il faudrait changer la manière de diffuser les informations journalistiques. Mais pourquoi les médias ne le font-ils pas ? Est-ce que c’est une volonté des médias de provoquer une dépression générale dans le monde ? Ou ont-ils seulement adapté leur manière de rapporter les informations en fonction de ce que les gens préfèrent savoir ?

Une étude réalisée par entretiens téléphoniques par Galician (1986) a mis en évidence que 94% des répondants étaient de l’avis que les nouvelles télévisées demeurent majoritairement négatives et déprimantes. Un tiers des participants croyaient que les mauvaises nouvelles avaient un effet indésirable chez les lecteurs, et 59% croyaient que les nouvelles essayaient de créer une image bien pire des faits ne correspondant donc pas à la réalité. De ce fait, la plupart des gens sont conscients que les journaux exagèrent, mais ils continuent à regarder les nouvelles. Il semble que l’être humain soit attiré par le côté obscure du monde.

Ceci est d’autant plus étonnant puisque les gens n’apprécient normalement pas les mauvaises nouvelles (Lichter & Noyes 1995 ; West, 2001). Il y a un décalage entre le comportement réel des personnes et ce qu’elles disent préférer. Cette constatation peut être expliquée par un phénomène appelé le biais de négativité, selon lequel, un individu accorde plus d’importance à des informations négatives que positives. L’être humain a tendance à avoir une vision optimiste du monde. Par conséquent, l’information négative est vue comme potentiellement utile, étant plus éloignée de nos attentes (Fiske 1980, Skowronski & Carlston 1989).  Ce biais n’est pas forcément consciemment connu par les lecteurs. De ce fait, le surplus de mauvaises nouvelles ne semble pas être uniquement sous la responsabilité des journaux, mais aussi sous celle de la demande des consommateurs (Trussler & Soroka, 2014).

Le biais de négativité n’explique pas à lui seul la propagation importante d’informations négatives. Les médias étant en forte compétition entre eux, la diffusion de mauvaises nouvelles est ainsi incitée à des fins économiques (Bennett 2004). Cette compétition semble aujourd’hui accentuée par le fait que l’internet augmente les possibilités pour le consommateur de parcourir un bon nombre de plates formes médiatiques. Afin de survivre, les journaux publient donc davantage d’articles à tendance négative afin d’obtenir plus d’audience.

En conclusion, il semblerait que l’être humain préfère simplement lire une histoire sur la fin du monde plutôt qu’un compte sur la création de ce dernier.

 Cet article a été rédigé par Miguel Figueiredo, étudiant en MA-2 en sciences psychologiques et de l'éducation, qui a effectué un stage de rechecherche au sein du centre de rencherche en psychologie sociale et interculturelle entre octobre et décembre 2016 (http://cescup.ulb.ac.be/). 

Bibliographie

Galician, M. L. (1986). Perceptions of good news and bad news on television. Journalism Quarterly, 63(3), 611-616.

Johnston, W. J. & Davey, G. C. L. (1997). The psychological impact of negative TV news bulletins: The catastrophizing of personal worries. British Journal of Psychology, 88, 85-91.

Kovačič, A. (2011). How do media report news in Slovenia? Is there a negative bias in communication?. Social responsibility in 21st century, 305-325.

McNaughton-Cassill, M. E. (2001) The news media and psychological distress. Anxiety, Stress, & Coping: An International Journal, 14(2), 193-211.

Szabo, A. et Hopkinson, K. L. (2007). Negative Psychological Effects of Watching the News in the Television: Relaxation or Another Intervention May Be Needed to Buffer Them!. International Journal of Behavioral Medicine, 14(2), 57-62.

Trussler, M. & Soroka, S. (2014). Consumer Demand for Cynical and Negative News Frames. The International Journal of Press/Politics, 19(3), 360-379.

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